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Mon horizon
Je suis né à Douala, ville intranquille, torride, frondeuse mais cité sculpteuse d’âmes fortes. Je n’y ai connu des apaisements que provisoires comme si cette ville-pays des rois Bell et Akwa, devenue paratonnerre des orages coloniaux et des ravages ethniques, ne supportait jamais la tiédeur. Brassant plusieurs nationalités, plusieurs ethnies, mais terre des renaissances, cette commune portuaire semble n’avoir pour but que de préparer ses habitants à la plus houleuse des existences.
J’ai donc été bien servi à Douala.
Avant de découvrir l’Europe, Le Maghreb et les Etats-Unis d’Amérique, j’ai connu plusieurs ivresses dont celles des livres, des senteurs des forêts tropicales et des chroniques ancestrales. Ces dernières étaient dites avec suavité et gravité par l’oncle Ntsama Onana, incomparable historien des fables africaines. Sa maîtrise des enseignements majeurs de la vieille Afrique m’a longtemps impressionné.
Depuis La transmission (titre que je dois à Sami Tchak et à Boniface Mongo-Mboussa), j’ai essayé de montrer par quelle métamorphose on passe avant de renaître. Avant la publication de ce livre, j’avais été longtemps hanté par la mort, cette prédatrice que seule la force de l’esprit musèle. De l’ivresse sourde de la mort, je suis passé à celle qui la raconte et la drible…
J’ai essayé de faire mien ce principes de Buffon : « Bien écrire, c’est tout à la fois bien penser, bien sentir et bien rendre ; c’est avoir en même temps de l’esprit, de l’âme et du goût. »
J’ai alors davantage écouté Alexandre Pouchkine et aimé son adresse à tout versificateur :
«Poète, ne tiens pas à l’amour de la foule.
Les louanges ne font qu’un bruit momentané ;
Tu subiras encore le rire qui nous foule,
Et le blâme des sots au talent décerné.»
Au final, j’ai adopté cet horizon-là. Vos réactions, suppléments au récit archipélique que la diversité de nos pensées et cultures composent, sont attendues.
Bienvenue !
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Eugène Ebodé |
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